
Un battement à la fois!
22 juillet 2025
Noël en ton absence
16 décembre 2025Le souvenir de nos premiers pas nous échappe ; il appartient à un temps trop lointain.
Pourtant, à l’aube de notre existence, il a fallu expérimenter — avec effort et persévérance — l’usage de nos jambes.
Grâce à cette faculté devenue automatique, l’espace s’est transformé en un terrain de jeu. Marcher, courir, explorer… le corps savait où aller, sans douter de ses capacités.
Jusqu’au jour où le système nerveux ne transmet plus le message complexe qui permet simplement de mettre un pied devant l’autre.
Un choc, brutal. Le corps et l’esprit encaissent.
Tout vacille : les repères, les habitudes, le sentiment d’identité. Parfois, une distance étrange s’installe — comme si ces jambes ne faisaient plus partie de soi.
Qui suis-je, maintenant que je me découvre fragmentée ?
Pendant un temps, les questions affluent. Les émotions sont intenses.
Réapprendre à se déplacer devient un apprentissage à part entière : entrer ou sortir du lit, se laver, se rendre d’une pièce à l’autre, utiliser un véhicule, dire oui à une activité. Chaque geste devient une conquête, intime et unique.
Perdre la faculté de marcher ébranle tout : l’autonomie, la fierté, la dignité, la confiance en soi, en la vie, en l’avenir.
Tant de premières fois à revivre. Tant de douceur à s’accorder.
À travers ce deuil, il faut d’abord constater ce qui n’est plus… avant de découvrir ce qui reste.
Ce n’est qu’après avoir reconnu la perte que peut émerger l’acceptation — et avec elle, la possibilité de reconstruire autrement.
Réapprendre à marcher, avec ou sans les jambes, devient une démarche à la fois physique et philosophique.
Une quête quotidienne :
Que vais-je découvrir comme outil de résilience ?
Quels appuis me permettront d’occuper encore la place qui m’est offerte ?
Et si cette canne ou cette chaise roulante devenait le symbole même du soin à accorder à mes rêves — toujours essentiels, toujours vivants ?
Parce que oui, j’ai encore le droit de danser, à ma façon, avec la vie qui m’habite.
— Marilou Jeanneault, intervenante-animatrice

