
Le deuil de la faculté de marcher
29 octobre 2025Afin de normaliser les nombreuses réflexions et émotions douloureuses durant la période des fêtes, voici un court témoignage qui rassemble le récit de l’avent de plusieurs personnes ayant perdu un·e être cher·ère.
On ne m’invite pas à vivre cette période, on me propulse à l’intérieur sans mon consentement. Une torture imposée précocement dès le 1er novembre. Un pèlerinage de plusieurs semaines où le froid et les jours plus courts accentuent la difficulté de trouver de nouveaux repères pour apaiser la douleur qui s’éveille et s’incruste à tout moment. Je ne trouve plus la route qui mène à la joie et à l’effervescence dans cette période qui se veut être faite de magie et de célébrations, puisque cette année, mon guide est absent. Sans toi, « Joyeuses Fêtes » sont deux mots qui, côte à côte, ne veulent plus rien dire, sinon une pression abominable sur mes épaules fragilisées par le fardeau de ton départ.
L’excursion sera ardue. Un point de départ dans un tournant inattendu et une ligne d’arrivée loin devant, après un virage encore inconnu. Souvent, c’est dans une allée d’un commerce, devant les tablettes garnies de décorations, que le premier affront se présente. L’émotion monte et s’exprime. Tu n’es pas présent pour choisir le nouvel objet qui embellira le sapin. Embellir n’a, de toute manière, plus aucune saveur en ce moment. De plus, qui m’accompagnera pour dresser ce sapin ? Qui sera là pour le regarder ?
En ce début de décembre, les villes, les commerces et les maisons seront tous ornés de lumières multicolores pour ainsi me rappeler que mon refuge ne l’est pas encore. Je devrai, par moi-même, ouvrir les boîtes et observer chaque objet comme si j’ouvrais mon cœur blessé pour aborder chaque souvenir qui me ramènera immanquablement à ce Noël sans toi, cette vie sans toi.
Lorsque j’ouvrirai la radio pour faire diversion, j’entendrai soit une musique trop joyeuse, soit une musique trop triste. Tout est devenu trop peu, maintenant que ce qui passe à travers mes sens ne peut plus être partagé avec toi. Aucune chanson et aucun film de Noël ne pourront me faire oublier la douleur ressentie. Au contraire, tout me ramène à ce Nous inexistant, à ce Moi désormais sans toi.
On m’invitera ici et là pour m’éviter la solitude et pourtant, c’est elle que ma tête et mon cœur réclament constamment. Que dire de cette pression que je m’impose en camouflant ma peine afin de ne pas la déverser sur l’ambiance festive des autres, afin de ne pas recevoir un millième conseil non sollicité de leur part. Et si je pouvais m’endormir là, maintenant, et me réveiller le 2 janvier ? Tant d’inquiétudes et tant de questionnements ! Les émotions montent comme des cris d’alerte indécodables du fait de leur intensité. Et si je me déposais doucement, calmement, pour traduire leurs messages, au-delà de mes espérances et de mes anticipations ?
Suis-je désormais seule responsable de ces traditions ? Gardienne des lumières, du sapin, des présents et des réunions. Non ! Cette année, je serai la gardienne de mes ombres et trouverai comment je peux m’apporter ma propre lumière. Je me laisserai guider par les autres si le besoin est de me rallier à mes proches. Je m’accorderai une pause dans mon refuge si la solitude m’invite à me régénérer.
Lors de la création du sapin, je te parlerai en évoquant nos souvenirs. Je te demanderai si les ornements sont bien disposés, comme tu les aimes. J’entendrai ta réponse avec les mots justes, puisqu’avec toutes ces années partagées, tes commentaires résonnent encore en moi. J’y déposerai une nouvelle étoile pour honorer ton amour, toujours bien présent.
Je redéfinirai ce qui est beau et bon pour moi afin de mettre un baume sur la blessure. Un calendrier de l’avent, avec des douceurs comme réconfort face aux jours qui passent et qui me survivront. Arrivera cette journée tant attendue, que j’aborderai dans la douceur en me rappelant que tu es bien présent en moi, tel un guide qui me montre le chemin et la ligne d’arrivée. Je ne suis pas seule dans ce doux Noël que je m’accorde parce que je prends le temps de m’accompagner.
-Marilou Jeanneault, 2025




